HISTOIRE DE LONGVILLIERS

Quel profond sujet d'étonnement pour celui qui compare la petite étendue du comté de Boulogne avec la grandeur de ses chefs, qui considère aussi leurs alliances avec les maisons royales d'Angleterre, d'Allemagne, de France, de Portugal, et encore toutes les races, princières de l'Europe! Ce sentiment s'accroît, lorsqu'on songe qu'avec leur petit nombre de sujets, ces chefs ont fait trembler l'Angleterre, et, plus tard, la France même. Philippe Auguste dut faire appel aux communes contre eux, et c'est la France entière qui écrasa à Bouvines la coalition de l'Angleterre et de l'Allemagne, œuvre d'un comte de Boulogne.

Deseille Ernest (1885-1886) - L'Année boulonnaise, Ephémérides historiques intéressant le pays boulonnais. Mémoires de la Société Académique de l'Arrondissement de Boulogne-sur-Mer, tome 8. Boulogne-sur-Mer: Imprimerie Veuve Charles Aigre, page VI.

Dans ce contexte Longvilliers a tenu un rôle important. Son développement aux 11ème et 12ème siècles a incontestablement bénéficié du rayonnement du comté de Boulogne, qui a permis l'édification d'un château fort, pièce de défense maîtresse, et le développement d'une abbaye royale cistercienne.

Rares sont les ouvrages anciens traitant de l'histoire du Boulonnais qui ne mentionnent pas Longvilliers. De nos jours, plusieurs ouvrages extrêmement documentés ont été consacrés à Longvilliers, tant à la châtellenie et à l'abbaye qu'à la vie de la commune pendant la révolution et au cours de la période allant de 1870 à 1940.
On s'attachera plus particulièrement ici à présenter les principaux évènements concernant le château et l'abbaye à travers des personnages qui, de plus ou moins près, ont contribué à ces évènements.

ARMOIRIES DE LONGVILLIERS

D'argent à un doloire de gueules
surmonté d'un lambel du même


"Blanc avec une petite hache rouge
surmontée d'une brisure 
de la même couleur"
ARGENT • Métal dont il est fait usage en armoiries.
   Se représente au naturel, c'est-à-dire argent
   ou blanc uni, sans hachure.
GUEULES • Rouge, l'une des six couleurs
   HÉRALDIQUES les plus utilisées (ARGENT, pour
   blanc, en étant une autre).
DOLOIRE • Petite hache dans le manche est en
   forme de poignée.
LAMBEL • Traverse horizontale, ou "fil" duquel
   descendent des petits clochetons nommés
   "pendants", ordinairement au nombre de trois.
   Le Lambel est généralement placé horizontalement
   dans la partie supérieure du blason, "en chef".

LE PATRIMOINE


LES SEIGNEURS DE LONGVILLIERS

Au XIèmesiècle
Les premiers seigneurs
C'est en 1049 que l'histoire commence avec la construction d'une forteresse à l'initiative d'Eustache II, comte de Boulogne.

Celle-ci faisait partie d'une ligne de défense comprenant du Nord au Sud les forteresses de Fiennes, Belle-Houllefort, Tingry, Longvilliers, qui constituaient les quatre châtellenies du Boulonnais. Leurs châtelains, primitivement nommés par le comte, devaient entretenir une garnison. Ils avaient le statut important de pairs du Boulonnais et rendaient la justice.

Par sa position au Sud du Comté de Boulogne, la forteresse de Longvilliers était au 12ème siècle une pièce maîtresse dans la défense de celui-ci.

Très vite les gouverneurs usurpèrent la propriété de leur châtellenie et le château de Longvilliers changea plusieurs fois de propriétaire au cours du Moyen-Age.

Hugues

Le premier châtelain de Longvilliers, connu dans l'histoire, est Hugues, cité par la chronique d'André, en l'an 1100

Les Cayeu

Selon Michel Champagne (2007), c'est probablement sous la direction d'Arnoul (Ier) de Cayeu, né vers 1145, décédé en 1232, que le château-fort de Longvilliers fut reconstruit en pierre. Les Cayeu se succédèrent et furent de puissants châtelains, figurant dans l'entourage du comte de Boulogne. Dans le courant du 13e siècle, Arnoul III de Cayeu réunit la baronnie d'Engoudsent et la seigneurie de Marquise à son territoire. Il épousa l'héritière de la seigneurie de Douriez, Milessende Kiéret.

Les Blondel

A la fin du 14ème siècle La châtellenie de Longvilliers fut la propriété des Blondel. Tantôt au service des rois de France, tantôt à celui des ducs de Bourgogne, c'étaient des chevaliers qui combattirent continuellement lors de la guerre de cent ans.

Marguerite Blondel et François de Créquy
Marguerite Blondel, dernière représentante de cette famille à détenir la seigneurie,$ épousa en 1473 François de Créquy seigneur de Douriez. Ils se signalèrent par leur générosité et leur dévotion. Leurs comptes, conservés dans les chartriers de Longvilliers et Recques, témoignent des innombrables aumônes qu'ils répandaient sur les indigents.

L'illustre famille de Créquy

Les Créquy sont présentés comme étant l'une des familles les plus illustres de France, de noblesse immémoriale. Ils tirent leur origine du village de ce nom, situé à la source de la vallée de la Créquoise. François de Créquy fut ambassadeur du roi de France François 1er auprès du roi d'Angleterre.
Marguerite Blondel et François de Créquy moururent respectivement en 1513 et 1518.

On leur doit la reconstruction en craie taillée de l'église Saint-Nicolas, dans le style flamboyant.

On leur doit également la contruction ou restauration des églises de Douriez, Huby-Saint-Leu, Recques et peut-être Dannes, ainsi que des fondations à l'abbaye de Longvilliers.

Église Saint-Nicolas de Longvilliers

l'église Saint-Nicolas a été classée momument historique
par arrêté du 5 août 1932.

Une période agitée
Marguerite Blondel et François de Créquy étant morts sans enfants, plusieurs prétendants revendiquèrent la seigneurie de Longvilliers, qui revint finalement à Arthus de Besghes, puis à son fils Ambroise de Besghes, qui mourut sans postérité. Ses biens revinrent alors à sa sœur Anne qui épousa en premières noces Michel d'Orbenson et en secondes noces Charles Dixson, le fils aîné d'une famille d'aventuriers écossais qui terrorisaient alors le Haut-Boulonnais. Criblés de dettes, leurs biens firent l'objet d'une saisie en 1575. Charles et Thomas Dixson s'enfermèrent dans le château de Longvilliers et il fallut attendre 1578 et l'ordre du roi pour les en déloger.



La châtellenie fut adjugée à Charles du Biez, seigneur de Bécourt, qui ne pouvant satisfaire aux conditions de l'adjudication, et fut contraint en 1580 de revendre Longvilliers et Marquise à Pierre de Sourhouette du Halde.

Pierre de Sourhouette du Halde et sa descendance

Pierre de Sourhouette du Halde, mignon du roi Henri III, devint propriétaire de la châtellenie de Longvilliers en 1580. Hormis de courtes périodes liées à la guerre de la Ligue, La châtellenie de Longvilliers appartint à sa descendance jusqu'en 1669, et d'abord à son fils Charles de Sourhouette du Halde.
La huitième guerre de religion
ou guerre de la Ligue (1585-1598)
Cette guerre donna une grande importance au rôle défensif du château de Longvilliers. La Ligue catholique défendait la religion catholique contre le protestantisme. En 1588, elle était parvenue à chasser le roi protestant Henri III de la capitale. Elle le fit assassiner en août 1589.
Le 30 janvier 1589 au château de Longvilliers
Diane de Sourhouette du Halde
Pierre de Sourhouette du Halde et son fils Charles étaient fidèles au roi protestant Henri III (on peut en voir la raison ci-dessus). Ils furent donc la cible de la Ligue Catholique. Le 30 janvier 1589, deux des lieutenants du duc d'Aumale, Rambures et Maiguoulx, le gouverneur de Montreuil, attaquèrent le château de Longvilliers avec une armée imposante.

Informé de leur approche, Charles du Halde, avait eu le temps d'envoyer à Boulogne sa femme et sa fille.

Cette précaution prise, il disposa tout pour la défense et résista huit jours; il mit 95 assiégeants hors de combat; mais ces derniers avaient des forces supérieures. Leur artillerie fit trois brèches aux murs du château, qui fut obligé de se rendre, car les secours amenés par les gouverneurs de Boulogne et de Calais arrivèrent trop tard.

De Calonne A. (1875) - Dictionnaire Historique et Archéologique du Pas-de-Calais, Arrondissement de Montreuil. Arras: Sueur-Charruey, page 114.

Charles de Sourhouette du Halde mourut peu après, des suites de ses blessures. C'est sa sœur Diane qui hérita du château de Longvilliers.

Jeune veuve de Robert de Halluin, elle était un riche parti et ligueurs et royalistes se disputèrent sa main. Mille machinations s'ourdirent autour de sa dot et de ses beaux yeux.

Fidèle aux traditions de sa famille, elle choisit son second mari, François de Belleval de Rouvroy, qu'elle épousa en janvier 1593 dans le camp des royalistes.

François de Belleval mourut jeune, en février 1602. Diane de Sourhouette du Halde se remaria en troisièmes noces à Jacques de La Meschaussée, seigneur de La Coste et de Pompadour. Elle vécut très âgée et ne mourut que le 14 janvier 1650, ayant vu fondre entre ses mains une énorme fortune.

C'est leur fille Diane de la Meschaussée de Pompadour qui devint propriétaire du château de Longvilliers.
Le château de Longvilliers avait encore eu à subir les péripéties de la guerre de la Ligue. Les ligueurs furent chassés du château de Longvilliers et François de Belleval entra en sa possession.

Mais pour n'avoir pas voulu y garder la garnison de soixante arquebusiers qui y était placée, il fut réduit, le 13 janvier 1593, à capituler devant les ligueurs catholiques du gouverneur de Montreuil, François des Essarts de Maigneulx.

Celles des tours du château qui subsiste de nos jours a sans doute été refaite après cette époque pour en réparer les dégats. Il s'agit d'une belle construction en craie taillée avec un soubassement en grès. La cheminée qui reste également porte la date de 1615.

Antoine de Lumbres,
son épouse Marthe de Levrien et leurs héritiers
Diane de la Meschaussée de Pompadour, petite-fille de Pierre Sourhouette du Halde, femme de Charles le Quien, Marquis de Montaignac, vendit la châtellenie de Longvilliers le 21 mars 1669, en présence de Jean le Noir, vicomte et mayeur de Montreuil, moyennant 180,000 livres tournois, à Antoine de Lumbres, seigneur d'Herbinghem, ancien ambassadeur en Pologne.
De Calonne A. (1875) - Dictionnaire Historique et Archéologique du Pas-de-Calais, Arrondissement de Montreuil. Arras: Sueur-Charruey, page 114.
En 1669 Antoine de Lumbres devint propriétaire de la châtellenie de Longvilliers. Son épouse, née Marthe de Levrien (ou Levrient), restée veuve le 14 mai 1676, la donna par acte entre vifs du 22 juin 1676 à son neveu Bertrand de Montbéton (ou Montbeton), Seigneur de la Chapelle, de Longvilliers, de Dannes, de Marquise, de Rollez et de la Mothe. Celui-ci était le fils de Marie de Levrien, mariée le 23 mai 1608 à Girault de Montbéton. Marthe de Levrien testa le 15 décembre 1679 et mourut à Longvilliers le 21 septembre 1681, à l'âge de 90 ans.

Rodière R. (1906) - Chartes diverses du Boulonnais. Mémoires de la Société académique de l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer, tome 24. Boulogne-sur-Mer, Imprimerie G. Hamain, page 205.


Les Marquis de Bernes de Longvilliers
La reconstruction du château
La sœur de Bertrand de Montbéton, Marthe de Montbéton, qui lui succéda avait épousé le 14 février 1638 François de Bernes de la Comté, qui fut à l'origine de la lignée des Bernes de Longvilliers.



Son petit-fils, Antoine-François de Bernes (1727-1811), "marquis de Longvilliers, seigneur de Dannes, de Marquise, de La Chapelle, de La Motte et de Raullez", fut maire de Montreuil-sur-Mer de 1778 à 1785. Il est présenté comme un homme à l'esprit éclairé qui souhaitait les réformes.

Il a laissé le nom de Longvilliers à l'Hôtel de Longvilliers à Montreuil-sur-mer qu'il fit construire en pierre en 1752. Celui-ci, maintenant propriété du Conseil général du Pas-de-Calais, est la résidence du sous-préfet de Montreuil-sur-mer depuis 1827.
C'est son fils Ambroise de Bernes de Longvilliers (1755-1832), marié le 20 mai 1779 avec Marie Joseph van Cappel, qui en 1780 fit reconstruire le château. Il dut émigrer en 1793 et ses biens furent confisqués et vendus.

Leur attachement à Longvilliers
En 1857 Octave de Bernes de Longvilliers racheta le château aux enchères. Sa famille possède encore le château de nos jours, mais celui-ci est surtout pour elle un souvenir historique et symbolique puisqu'il fut détruit par un incendie en 1900.

La mémoire d'Octave-François de Bernes de Longvilliers (1815-1889), neveu de Gabriel Ambroise, et de son épouse Marie de Malet de Coupigny (1826-1900) qu'il épousa le 29 juillet 1846, est rappelée dans l'église Saint Nicolas de Longvilliers.


   
11 pierres tombales sont enchâssées dans les murs des deux chapelles de l'église Saint Nicolas.
Six d'entre elles ont été retirées du dallage de l'église où elles s'usaient, à l'initiative de François de Bernes, marquis de Longvilliers, en 1920.
Les cinq autres, dispersées depuis la révolution ont été remises également par la famille de Bernes.

Le 12 septembre 1993, la famille de Bernes de Longvilliers s'est réunie pour une journée au château de Longvilliers.

En octobre 2009 quatre générations parmi les 180 membres de cette famille se sont retrouvées à Montreuil-sur-Mer. A Longvilliers, ils ont assisté à une messe en l'église Saint Nicolas, et une photo de famille a été prise devant les ruines du château.

L'abbaye cistercienne


La fondation de l'abbaye
L'abbaye de Longvilliers fut fondée dans la dépendance de Savigny peu avant 1130, d'abord à Niembourg, sur la commune d'Halinghen. C'est en 1135 qu'elle fut transférée à Longvilliers.
Selon Robert Fossier (1979), le choix du site, près de Maresville, se justifiait par l'existence d'une zone encore sauvage en cet endroit. Le site se trouvait en outre à proximité du hameau de Notre Dame (en 1042 Sancta Maria villa, qui serait à l'origine de Maresville).
Ce cadre potentiellement splendide fut mis valeur par les moines qui irriguèrent la vallée en créant un canal de dérivation de la Dordonne, défrichèrent la forêt et cultivèrent les terres, tout en donnant l'instruction aux enfants.
L'existence de l'abbaye fut reconnue par le comte de Boulogne, Etienne de Blois, et son épouse Mathilde, petite-fille de Sainte Ide. En 1147 l'abbaye fut intégrée dans l'ordre cistercien, dans la dépendance de Clairvaux.
Au coeur de l'idéal des fondateurs du mouvement cistercien se trouvait le désir de la simplicité monastique authentique et de la pauvreté évangélique.
C'est dans la première moitié du 12ème siècle, sous la direction de Saint Bernard, l'une des personnalités les plus influentes de cette époque, que le mouvement cistercien commença à se propager rapidement dans toute l'Europe.
A la fin du 13ème siècle on comptait plus de 500 monastères, dont l'abbaye de Clairvaux située à Ville-sous-la-Ferté (Aube) fondée en 1115 par Saint Bernard et quelques disciples et l'abbaye de Savigny, fondée en 1113, située à Savigny-le-Vieux (Manche).

Celle-ci, dont la création était antérieure à l'ordre cistercien fut rattachée à celui-ci en 1147, entraînant avec elle ses "filles" (la majorité d'entres elles étaient en angleterre), dont Longvilliers.

Une emprise et des revenus considérables
L'abbaye avait été dotée par la reine Mathilde de biens considérables. Elle reçut en outre du comte de Ponthieu tout le plateau compris entre Nempont, Lépine, Puits-Bérault, Collen, Romont et Bois-Jean. Le comté de Ponthieu avait pour capitale Abbeville et sa principale place-forte était Montreuil.
On peut encore voir à Lépine des vestiges de la léproserie (ou maladrene) établie par l'abbaye de Longvilliers au début du XIIème siècle. La lèpre était appelée mal de saint Ladre (d'où maladrene ou maladrerie). Il s'agit en fait de saint Lazare, le z s'étant changé en sd puis le s ayant disparu, que les lépreux invoquaient pour guérir.
Plusieurs censes procuraient d'importants revenus à l'abbaye: la Longueroye à Longvilliers même, mais aussi l'Abbiette à Attin, l'Abihen et Collen à Lépine, Niembourg à Halinghen. Cinse ou cense est souvent présentée comme un mot ch'ti signifiant ferme. Au début du 12ème siècle la cense (en latin médiéval censa, pluriel de censum) était en fait la redevance sur les terres (les fermages), avant de désigner la ferme (ou métairie) dans le Nord de la France et la Belgique.
Au delà de Longvilliers, l'abbaye percevait la dîme en partie ou en totalité dans un nombre imposant de lieux. La dîme, dixme en vieux français, du latin decima(dixième), était le prélèvement que l'abbaye efectuait sur les produits de la terre et de l'élevage, et qui en était ordinairement le dixième. Comme les taxes actuelles, on multiplia les dîmes et il y en avait de toutes sortes.
Dans la région on utilisait l'appellation dîme champêtre pour celles sur les récoltes. Il y avait aussi la dîme du sang sur le bétail.

La Commende
et ses dérives
Selon une pratique apparue au IVème siècle, un monastère, une église ou un évêché était donné par le pape en usufruit, ou commende, à un ecclésiastique ou à un laïc, le commendataire.
Rapidement il devint d'usage que le commendataire perçût les revenus.
A partir du 16ème siècle, Il devint courant de voir des abbayes prises en commende par des laïcs, grands seigneurs ou bourgeois serviteurs de la monarchie, qui en percevaient les revenus sans aucune contrepartie.

Même si certains ont pu faire exception à la règle, ces abbés commendataires étaient le plus souvent indifférents aux besoins et aux exigences de la vie religieuse des communauté.
Le grand jeu des abbayes
Louis XIII - 20 décembre 1632

Avenel M. (1874) - Lettres, instructions diplomatiques et papiers d'état du cardinal de Richelieu, tome 7. Paris: Imprimerie Nationale, page 691.

Ce n'était plus le pouvoir ecclésiastique, mais le roi lui-même qui choissait les commendataires. On notera le peu de considération qu'il était fait de l'abbaye elle-même, celle-ci étant de manière erronée située en Picardie et appelée Nonvilliers. Seule importait la "récompense" qui était donnée.
Louis XIII - 6 mai 1642

M. Avenel (1874) - Lettres, instructions diplomatiques et papiers d'état du cardinal de Richelieu, tome 7. Paris: Imprimerie Nationale, page 305.

Le roi distribuait les abbayes à ses plus fidèles serviteurs: "le pauvre M. de Nismes, qui le mérite bien", "M. l'abbé d'Aumont… un très honneste gentillhomme et bon écclésiastique."

Cela se passe de tout commentaire.
Louis XIV - Samedi 2 avril 1695

Dangeau (Philippe de Courcillon, marquis de) (1855) - Journal du marquis de Dangeau, avec les additions du duc de Saint-Simon, volume 5, édité par E. Soulié, L. Dussieux, P. de Chennevières [et al.]. Paris: Firmin Didot, page 176.

La répartition des abbayes fait penser à une version du Monopoly, en avance sur son époque, où l'on distribuait et échangeait les abbayes comme des cartes de jeu.

la valeur de la carte, qui reflétait la richesse de l'abbaye, était le montant estimé de la rente perçue par l'abbé commendataire.

Un exemple d'abbé commendataire
Louis Gratien Milliot d'Arvillars

Louis XV - Fontainebleau 7 octobre 1765
Le roi a donné l'Abbaye de Cercamp, Ordre de Cîteaux…, & celle de Dongvillers, même Ordre, Diocèse de Boulogne, à l'Abbé d'Arvillar.

Rousseau P. (1765) - Gazette des Gazettes ou Journal Politique pour l'Année 1765. Bouillon, Novembre première quinzaine, page 40.

Dans sa généalogie extrêmement détaillée sur les familles Le Gressier et Gressier en Boulonnais, Raoul Gressier fournit un exemple particulièrement éclairant sur le fonctionnement de la dîme avant la révolution.

Gressier R. (2014) - Familles Le Gressier et Gressier en Boulonnais, tome 3.

Cet exemple concerne la commune d'Hubersent, à quelques kilomètres de Longvilliers, où deux honorables habitants, Jean Le Gressier et Jean Louis Lecointe, le maître d'école, étaient en charge de la perception de la dîme champêtre, au profit de l'abbé commendataire de Longvilliers.
Les modalités en étaient établies par "un bail à loyer" daté du 22 juillet 1767, qui figure dans le répertoire des actes des notaires de Samer.
L'abbé commendataire résidait ordinairement à Paris, où il vivait luxueusement, et ne se déplaçait même pas pour la gestion de l'abbaye, se moquant éperdument de sa fonction religieuse et faisant fi de ses devoirs envers les paroisses et les pauvres.
Le "haut et puissant seigneur Messire Louis Gratien Milliot d'Arvillars" prêtre abbé commendataire de l'abbaye, résidant ordinairement à l'hôtel de l'ambassadeur du Portugal à Paris, avait donné procuration à "Nicolas Pyot docteur de Sorbonne prieur de l'abbaye de Longvilliers" et "Dom Louis Jean Batiste Bucaille, procureur de ladite abbaye."
Jean Le Gressier et Jean Louis Lecointe étaient chargés de la tâche à l'évidence impopulaire du recouvrement de la dîme champêtre. Il fallait pour cela des hommes d'autorité et respectés. Jean Le Gressier, qui avait compté plusieurs lieutenants de village parmi ses ancêtres, et le maître d'école répondaient à ce critère.
Ceux-ci "au dit nom pour le plus grand bien et avantage dudit seigneur abbé de Longvilliers ont par ces présentes donné à titre de loyer et prix d'argent à et au profit de Jean Le Gressier sieur de Val Renault propriétaire et de Jean Louis Lecointe maitre d'école demeurant tous deux au village d'Hubersent à ce présent et acceptant en personnes preneurs solidaires audit titre le droit de dixme champetre que led. Seigneur abbé de Longvilliers a droit de prendre cueillir et percevoir annuellement sur le territoire de Hubersent ainsy qu'ils se comprennent et s'étendent sans aucune charge réserve ny exception."
Ils devaient impérativement recouvrer la somme fixée (450 livres), exigée par le seigneur abbé. Ils avaient du engager leurs biens et avaient donc tout intérêt à respecter cette obligation.
Ils s'obligent "sans division ny discution" de payer au Sieur Abbé la somme de 450 livres en argent "exempt de toutes charges de deniers royaux prévus et imprévus qui pourraient tomber à la charge du Seigneur abbé."
On notera l'ironie de la formule "comme un bon père de famille". Bien entendu ceux qui se chargeaient du recouvrement de la dîme, ajoutaient pour eux un large bénéfice, ayant toute latitude pour cela.
Ils doivent aussi "maintenir les dits droits de dixmes dans leurs bornes et limites comme un bon père de famille."

La fin de l'abbaye
En 1789 les victimes de ce système eurent l'occasion d'exprimer leurs griefs. Si le cahier de doléances d'Hubersent ne nous est pas parvenu, celui de Boursin (près de Guines), à plus de 30 kilomètres de Longvilliers, en fournit un exemple. La cure ne vaut que 8 à 900 livres de dîme; les décimateurs qui sont les abbayes d'Andres, de Longvilliers et du Wast jouissent des autres dîmes, ne font jamais aucun bien aux pauvres ni aucune chose à la paroisse;
Mais, comme on peut le constater, les revendications restaient relativement modestes, face à l'ancienneté de la tradition et peut-être aussi par crainte du châtiment divin. les habitants demanderoient qu'au moins ces décimateurs ajoutassent un supplément à la pension très modique du clerc hargés de l'instruction des enfans et spécialement des pauvres."

Boursin: Cahier de doléances de 1789, article 1
Conforme à l'original

La solution apportée par la révolution fut pourtant radicale, puisque l'abbaye royale cistercienne de Longvilliers fut détruite.

Personnages, légendes, traditions, etc.

Eustache II
Comte de Boulogne

Eustache II, dit aux Gernons, c'est-à-dire aux longues moustaches, fut comte de Boulogne de 1047 à 1088 (environ). C'est lui qui fit construire en 1049 la forteresse qui fut à l'origine du développement de Longvilliers.

Il occupe une place de choix, lors de la conquête de l'Angleterre, à côté de Guillaume le Conquérant, sur la célèbre tapisserie de Bayeux.

Sur l'extrait de la tapisserie, on voit Eustache qui montre du doigt Guillaume, soulevant son casque pour indiquer qu'il est bien vivant.

Selon une thèse récente, très argumentée, ce serait lui qui serait le commanditaire de la tapisserie, et non Odon de Bayeux comme on le prétend le plus souvent.

Bridgeford A. (1999) - Was Count Eustace II of Boulogne the patron of the Bayeux tapestry? Journal of Medieval History, 25, 155-185.

Van Cuyck H. & Lambert V. (2014) - Count Eustace II of Boulogne (1047-1087) and the Bayeux tapestry: A reappraisal and augmentation of the arguments. Annales de Normandie, 2, 137-167.

On peut voir sur la tapisserie qu'il brandit un étendard (un gonfanon) représentant une croix entourée de quatre disques.
Ceux-ci pourraient représenter les quatre châtellenies qui assuraient la défense du comté de Boulogne: Fiennes, Belle-Houllefort, Tingry, Longvilliers.

Marcel
Fournet

Selon cette hypothèse Longvilliers
serait donc représenté
sur la tapisserie de Bayeux.

Godefroy de Bouillon
ou de Boulogne

Godefroy de Bouillon
Légende
Tradition
Godefroy de Bouillon né aux environs de 1060, fils d'Eustache de Boulogne et de Ide de Lorraine, qui fut béatifiée, est l'un des personnages les plus renommés de toute la chrétienté.

Il fut l'un des principaux chefs de la première croisade et était au premier rang des assaillant lors de la prise de Jérusalem en juillet 1099.

La conquête de la Palestine amena la création d'un nouveau royaume dont il fallait un roi. Pour toutes ses qualités, ce fut Godefroy qui fut élu, mais il refusa le titre, arguant qu'il ne pouvait porter une couronne d'or là où le Christ avait porté une couronne d'épine. Il accepta finalement la charge en se contentant du titre d'avoué du Saint Sépulcre à la place de celui de roi.


D'argent, à la croix potencée d'or, cantonnée
de quatre croisettes du même

Dans le protocole des déclarations de leurs biens au xviiie siècle, les religieux de Longvilliers déclarent que leur abbaye fut fondée par Etienne, roi d'Angleterre, et Mahaut, sa femme, nièce de Godefroi de Bouillon "qui a esté nourit dans le chasteau de Longvilliers, où est une tour qui porte son nom".

Deseille Ernest (1885-1886) - L'Année boulonnaise, Ephémérides historiques intéressant le pays boulonnais. Mémoires de la Société Académique de l'Arrondissement de Boulogne-sur-Mer, tome 8. Boulogne-sur-Mer: Imprimerie Veuve Charles Aigre, page 16.



Que Godefroy de Bouillon fût né à Longvilliers aurait été un argument au choix du site de l'abbaye. De nos jours, cela mettrait d'accord les historiens, rançais et belges, qui s'opposent sur son lieu de naissance.
Mais cette supposition ne saurait être qu'une légende.


"MonTimbraMoi", réalisé en 2012
par l'Association Philatélique du Boulonnais
et tiré à 1500 exemplaires, à partir du vitrail qui se trouve dans l'entrée du beffroi de Boulogne-sur-Mer

Des annalistes, mais en très-petit nombre, ont prétendu que Godefroid était né dans le château de Longvilliers.
Pour réduire au néant cette supposition, il suffit de faire observer que jamais ce château n'a appartenu en propre aux comtes de Boulogne, mais à des seigneurs du nom de Longvilliers, qui l'occupaient. Il est vrai que peu de temps avant la révolution on voyait encore à Longvilliers une vieille tour crénélée, appelée la tour de Godefroid; mais la tradition expliquait comment cette dénomination lui avait été donnée, en rapportant que ce prince y avait été transporté dans son enfance, pendant une peste qui causait à Boulogne d'affreux ravages.

Le Roi A. (1839) - Histoire de Notre-Dame de Boulogne. Boulogne-sur-Mer: Le Roy-Mabille, page 246.



Que Godefroy de Bouillon eût séjourné pendant son enfance à Longvilliers, apparaît tout à fait vraisemblable.

Cela permet d'accréditer l'opinion majoritaire sur le lieu de sa naissance à Boulogne et de réfuter au contraire l'hypothèse de sa naissance à Baisy-Thy, aujourd'hui section de la ville belge de Genappe.

Eustache le Moine
Pirate fameux
du XIIIème siècle

Le roman d'Eustache Le Moine
Un peu de Robin des bois
Michel Champagne (2007) remarque qu'Anselme de Cayeu, qui fut l'un des seigneurs de Longvilliers, est l'un des personnages du Roman d'Eustache le Moine: pirate fameux du XIIIe siècle, rédigé dans les années 1225-1230 par un auteur resté anonyme.



Aufrans de Caieu, appelé, p. 61, v. 1685, Ansiuus(Anselmus) fit une figure assez belle en son temps. Il était fils d'Arnoul de Caieu et d'Adelis de Bavelinghem.

Francisque M. (1834) - Roman d'Eustache le Moine: pirate fameux du XIIIe siècle publié pour la première fois d'après un manuscrit de la Bibliothèque royale. Paris: Silvestre.


Pirate - Corsaire - Hors-la-loi
Voleur - Bandit de grand chemin
Mercenaire se vendant au plus offrant

De nombreux qualificatifs ont été employés pour qualifier celui qui fut amiral en chef de la flotte française, et dont les aventures parfois romancées ont en partie étaient confirmées par les textes d'époque.
Capturé au combat naval de la bataille de Sandwich le 24 août 1217, il fut décapité par les anglais.


Michel Francisque a vu aussi en Eustache le Moine "une espèce de Robin Hood boulonnois" et fait des rapprochements entre les deux personnages. En particulier, quand Eustache, dans la forêt d'Hardelot, détrousse un abbé qui lui avait menti (page 64), il note que Robin des Bois a vécu la même aventure.
En 1881, Jules Trousset développa cette histoire et en fit un récit racontant comment l'abbé de Jumièges (en Seine-Maritime, l'auteur du roman parlait de Jumiaus) aurait été détroussé par Eustache.

Trousset J. (1881) - Histoire illustrée des pirates, corsaires, flibustiers, boucaniers, forbans, négriers et écumeurs de mer dans tous les temps et dans tous les pays. Paris: Publication de la librairie illustrée, pages 382-404.


Le Roman d'Eustache le Moine a fait l'objet de plusieurs éditions et de nombreuses études. Des traductions ont en été faites en français contemporain, en anglais et en italien.

Mousseigne E. (1996) - Eustache le Moine: pirate boulonnais du XIIIe siècle, édition et traduction. Lille: Voix du Nord.

Holden A. J. , Monfrin J. (2005) - Le roman d'Eustache le Moine, nouvelle édition, traduction, présentation et notes. Louvain et Paris: Peeters.

Berger R., Petit A. (1987) - Contes à rire du Nord de la France, traduction en français contempoerain. La Ferté-Milon: Trésors de la littérature médiévale du Nord de la France, volume&nbsp:4.

Glyn S., Burgess (2009) - Two Medieval Outlaws: Eustace the Monk and Fouke Fitz Waryn, english translatation with introductions and notes. Woodbridge and Rochester: Brewer, 2nd edition (1st edition 1997).

Lecco M. (2007) - Saggi sul romanzo del XIII secolo, vol. II: Wistasse le Moine (studio letterario, con edizione del testo, traduzione italiana, commento e note). Alessandria: Edizioni dell'Orso.



Pour la petite histoire, on notera que l'on buvait déjà en ce temps là de la goudale (ou good ale), nom encore donné aujourd'hui à une bière produite dans le département du Nord.

Tant ai béu de la goudale
page 79, vers 2194

(on trouve dans Pantagruel
"couillon de la guodale")

Les Blondel
Histoires de bâtards

Le bâtard de Longvilliers
Comment prouver la légitimité?
Nicolas ou Colart Blondel était fils bâtard de Jean Blondel, dit le Grand, chevalier, seigneur de Longvilliers, Recques, Marquise, Argoules, Dominois, Douriez, etc. Veuf de Chrétienne de Courteheuse, dont il n'avait qu'une fille, Jean Blondel aimait beaucoup son fils naturel, dont la mère se nommait Marie des Granges. Il le fit légitimer par lettres royales datées de novembre 1480 et essaya même de lui transmettre son héritage.

A la mort de sa fille Marguerite Blondel (décédée en 1513), femme de François de Créquy, qui n'avait pas d'enfants, il légua à Colart sa terre de Longvilliers.
Mais le donataire ne put parvenir à se faire décréter audit don par justice; aussi bien cette succession déférée à un bâtard était trop en dehors des lois et coutumes.
Le "bâtard de Longvilliers" épousa l'héritière de Bellebronne (ou Bellebrune) et "fit une riche et puissante maison".

Plusieurs de ses arrières petits-fils furent reçus chevaliers de Malte et l'un d'eux Gédéon devint même grand prieur de France, malgré la règle qui exigeait des chevaliers de l'ordre une filiation légitime.

Rodière R. (1906) - Chartes diverses du Boulonnais. Mémoires de la Société académique de l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer, tome 24. Boulogne-sur-Mer, Imprimerie G. Hamain, pages 173-174.

Pierre d'Hozier rédigea en 1638 une "Généalogie de l'illustre maison de Blondel de Joigny Bebellebrone, justifiée par titres, histoires et autres bonnes et certaines preuves."

Ce travail, fut fait dans le seul but de prouver, ou plutôt d'inventer la légitimité de la branche de Bellebronne.

D'Hozier fit de Marie des Granges la seconde femme de Jean Blondel, et le tour était joué!

Il fut certainement bien payé pour cela.
Bâtard de bâtards?
Bâtards d'un homme
de grande maison?
La famille Blondel deJoigny se croit issue de la maison des comtes de Joigny, qui occupa un rang brillant au moyen âge et dont elle a toujours porté les armes pleines.


de gueules à l'aigle d'argent
becquée et membrée d'or

Elle revendique pour son auteur un Charles (alias Jean) de Joigny, dit Blondel, chevalier, sieur de Méry, Recques et Marquise, en Boulonais, qui vivait au XIIème siècle et qui aurait été fils puîné de Raoul, comte de Joigny, et de Jeanne de Vienne.
Un tableau généalogique dressé dans les premières années du XVIIIème siècle émet sur ce Charles de Joigny, dit Blondel les appréciations ci-contre dont il est cependant impossible de vérifier l'exactitude.

C. d'E.-A. [Chaix d'Est-Ange] (1904) - Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, Tome 4 (Ber-Blo). Pages .


"Il acquit par contrat du 13 septembre 1386 d'Yolande de Mortagne, dame de Douvière, les terres de Longvilliers et de Marquise desquelles il fit hommage à Jean, comte de Boulogne, le 6 septembre de l'an 1389. Il ne sortait pas de "la maison de Joigny" comme ceux de cette race se sont avisés de le prétendre et d'en usurper le nom au siècle passé, sans fondement, sans lettres du prince et sans aucun titre qui leur permettent d'ajouter ce surnom de Joigny à leur surnom originaire qui est Blondel seulement. La conformité seule des armes a donné lieu à cete supposition qu'ils ont depuis toujours soutenue afin que, leur bâtardise étant découverte, leur extraction parût du moins illustre en faisant connaitre qu'ils étaient bâtards d'un homme de grande maison."


Pierre de Sourhouette
Du Halde
"Mignon" de Henri III

Pierre de Sourhouette du Halde
Premier valet de chambre de Henri III
Dormir dans la chambre du roi:
Un privilège dont il était fait état
Pierre de Sourhouette du Halde
devint propriétaire de la châtellenie de Longvilliers en 1580.


Le Premier valet de chambre, Pierre Du Halde, qui suit fidèlement Henri III tout au long de son règne, installe ordinairement sa "paillasse" dans la chambre royale.

Nicolas Le Roux (2003) - La cour dans l'espace du palais. L'exemple de Henri III. in M.-F. Auzepy, J. Cornette (dir.), Palais et Pouvoir, de Constantinople à Versailles, Saint-Denis: Presses universitaires de Vincennes, pages 229-267. Article édité en ligne sur Cour de France.fr le 1er avril 2008 (http://cour-de-france.fr/article266.html)

Devis des travaux de maçonnerie, charpenterie et couverture à faire en la maison de Pierre de Sourhouette Du Halde, sieur d'Armainvilliers et de Longvilliers, gentilhomme couchant en la Chambre du Roi , sise rue Saint-Thomas-du-Louvre, pour faire une galerie dans le jardin joignant le logis du côté du rempart et pour changer l'escalier de derrière, suivi du marché aux termes duquel Jean Macon, maître maçon rue Soly, paroisse Saint-Eustache, promet faire les travaux en fournissant les matériaux, les rendre à la mi-septembre, moyennant 550 écus soleil, dont 200 payés par avance. 2 mai 1583

Les "mignons" de Henri III

Henri III fut Roi de France de 1574 à 1589. Il décéda le 2 août 1589 après avoir été poignardé la veille par le moine Jacques Clément

Henri III était entouré d'un cercle restreint de favoris, souvent des hommes de petite noblesse, qui avaient d'importantes responsabilités et qui connurent une fortune fulgurante. Ils avaient les insignes privilèges de s'habiller comme le Roi et de dormir dans la même chambre que lui.

De distingués personnages

Diane de Sourhouette du Halde
François de Belleval
Antoine de Lumbres
Diane de Sourhouette du Halde
Le roi Henri III dansa à sa noce
François de Belleval
Il reçut le collier de Saint Michel
Antoine de Lumbres
Il fut conseiller du Roi
Diane, fille de Pierre de Sourhouette du Halde, qui hérita du château de Longvilliers en 1589 avait épousé en première noce Robert de Halluin, qui fut tué à la bataille de Coutras le 30 octobre 1587, victime de son dévouement au roi Henri III. Le mariage eut lieu le 4 février 1587, à Paris, et Henri III lui avait fait de riches présents et avait dansé à sa noce.

Le jeudi gras, 4e jour de febvrier, Du Halde maria sa fille unique à l'un des puisnés de la maison de Pienne, à laquelle le Roi donna 20 mil escus en deniers clairs et comptans, et Du Halde, 5 mil escus de rente, en fonds de belles terres, qui estoit un beau et precieux dot, pour la fille d'un Manseau laquais de son premier mestier, et lors du mariage, premier valet de chambre du Roy son bon maistre. vingt mille écus et six cent mille écus sur tout le royaume. Encores le favoriza le Roy de tant, qu'il alla à la nopce après souper, en masque et y fist un brave ballet, de cinq hommes et de cinq femmes, avec excellente musique.
L'Estoile, P (1837) - Nouvelle collection des mémoires pour servir à l'histoire de France, tome 2, Registre-journal de Henri III. Publié d'après le manuscript autographe de Pierre Lestoile (1546-1611), presqu'entièrement inédit, par MM. Champollion-Figeac et Aimé Champollion fils. Paris: Editions du commentaire analytique du Code civil.

Après la mort de Robert de Halluin, Diane avait une dot considérable. Sa garde-robe, dont la description est limitée ici aux robes et jupes peut en donner une idée.

une robe de velours noir et une autre de taffetas à fond gris; une robe de crèpe de soie et autre de damas noir bandé de velours noir, avec la jupe en velours noir; "deux corps de robe" sans manches, en taffetas et en satin de soie un corps de robe de velours noir, avec les manches découpées: un autre de taffetas orange; un autre en satin blanc un autre en étamine a fond de satin "gris garny de ject par dessus à manches ouvertes, deschiquetées"; le devant d'un corps de robe en velours noir; huit "devantures de cottes" en satin de soie broché cramoisi, en velours tanné avec les "mancherons" pareils, en drap d'or, en velours jaune brodé d'argent avec les mancherons pareils, en toile d'argent "en broderie d'or et de canetille", en satin broché, cramoisi, en satin blanc brodé d'argent un "bas de cotte" en velours noir; un autre en toile d'argent incarnat piquée d'or; "un des côtés de la queue d'une robe" en satin noir broché d'or; quatre jupes, une en "toile d'or violette", une en toile d'argent, une en toile d'or incarnat brochée d'or, une en velours vert "à la Reître")".

de Belleval R. (1900) - Les derniers Valois: François II, Charles IX, Henri III. Paris: Librairie historique et militaire Henri Vivien, pages 205-207.

François de Belleval, Baron de Longvilliers de 1593 à 1602, fut dinstingué par le roi Henri IV qui lui donna le collier de son ordre et en fit un des gentilshommes ordinaire de sa chambre.

A l'époque la monarchie française récompensait le mérite ou les services rendus par le collier de Saint-Michel, l'ordre du Roi comme on l'appelait alors, créé par Louis XI. Les insignes consistaient, en grand costume, en tenue de chapitre, en un collier de coquilles d'or entrelacées auquel était suspendu un médaillon ovale portant l'image de Saint-Michel, avec la devise Immensi tremor Oceani, par allusion au mont Saint-Michel battu de tous côtés par l'Océan.

Le bénéficiaire était tenu de prêter serment par écrit.

"Nous, Françoys de Belleval, chevalier, baron de Longvilliers, d'Avrilly et de Bauche, seigneur des dits lieux, Recques, Armainvilliers et Marquise, aiant agréable l'honneur qu'il a plu au Roy, chef souverain de l'ordre de M. Sainct Michel, et aux confrères, compaignons, chevaliers, du dict ordre, de nous élire et nommer en ceste amiable compagnie, dont le remercions de très bon coeur et promettons par ces présentes que de tout nostre pouvoir nous aiderons à garder, soutenir et defendre les grandeurs et droictz de la Couronne et majesté roiale, et l'autorité du Souverain de l'Ordre, de ses successeurs souverains, tant que nous vivrons et serons d'icelle; que nous nous employerons de tout nostre pouvoir à maintenir ledict ordre en estat et honneurs et mettrons peine de l'augmenter sans le souffrir descheoir ou amoindrir, tant que nous pourrons y remédier et pourveoir." …

Dans son serment, François de Belleval se soumettait encore aux peines et punitions qui pourraient lui être infligées s'il venait à "descheoir", le châtiment pouvant aller jusqu'à la peine de mort.

A la mort de François de Belleval, ses armes inventoriées dans le château de Longvilliers remplissaient trois coffres.

de Belleval R. (1900) - Les derniers Valois: François II, Charles IX, Henri III. Paris: Librairie historique et militaire Henri Vivien, pages 116-123 et 216.

Antoine de Lumbres, Seigneur de Longvilliers de 1669 à 1676, fut distingué par le Cardinal de Richelieu qui apprécia son esprit élevé et instruit, son caractère ferme et loyal. Cela lui valut un certain nombre de titres et distinctions.
Sa pierre tombale se trouve dans la chapelle de l'église Saint-Nicolas de Longvilliers dédiée à Saint-Antoine. On y trouve la mention de ses titres.


YCI GIST LE CORPS DE DEFUNCT
MESSIRE ANTOINE DE LUMBRES
CHEVALIER SEIGNEUR CHATELAIN
DE LONGVILLIERS MARQUISSE
HERBINGHEN, DANNES ET
AUTRES LIEUX CONSEILLER DU
ROI EN SES CONSEILS DESTAT
ET PRIVE ET SON EMBASADEUR
EN POLOGNE ET EN ALEMAIGNE
PENDANT LES PASCE DE 16
ANS LE QUEL EST DECEDE
LE 14E JOUR DE MAI 1676






Figurent en haut les armoiries actuelles de la commune de Lumbres (Pas-de-Calais): d'azur à la bande d'or chargée de trois lionceaux de gueules.



Le chevalier de La Barre
Symbole de la laïcité

Jean-François de la Barre
dit le chevalier de La Barre
il est un symbole de la laïcité
et de la liberté d'expression
Longvilliers abrita et tenta de sauver le chevalier de la Barre
Le chevalier de La Barre naquit le 12 septembre 1745 au château de Férolles-en-Brie.

28 février 1766

Il fut condamné par le tribunal d'Abbeville pour "impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables", décrits par les attendus comme:
- avoir passé à vingt-cinq pas d'une procession sans ôter son chapeau qu'il avait sur sa tête, sans se mettre à genoux"
- "avoir chanté une chanson impie"
- "avoir rendu le respect à des livres infâmes au nombre desquels se trouvait le dictionnaire philosophique du sieur Voltaire".


1er juillet 1766 à Abbeville

On enserra ses jambes entre des planches de bois et on enfonca des fers entre ses genoux et ces planches pour briser les os (question ordinaire). Une pancarte sur laquelle était inscrit "impie, blasphémateur et sacrilège exécrable" fut placée sur son dos. Le bourreau le décapita d'un coup de hache. On cloua sur son torse un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire et on jeta son corps au bûcher. Il était âgé de 20 ans.

1er octobre 1765

C'est à l'abbaye Notre-Dame de Longvilliers où il avait trouvé refuge qu'il avait été arrêté.

Chassaigne M. (1920) - Le procès du chevalier de la Barre. Paris: J. Gabalda, pages 81,85-87.


25 brumaire an II
(15 novembre 1793)

Le chevalier de La Barre fut réhabilité par la Convention.

21 juin 2013

On constate que la stèle du Chevalier de la Barre à Abbeville a été vandalisée. Deux croix sur une face du monument et un cœur surmonté d'une croix sur l'autre face, le sigle de l'Institut Civitas, ont été dessinées.

2014

Sortie du film de Dominique Dattola, Les 3 Vies du Chevalier, qui retrace son histoire. Le film a reçu le prix de l'Initiative laïque aux Rendez-vous de l'Histoire de Blois en 2013.

Mais de qui
parle la vache?

Ouvrages sur Longvilliers

La châtellenie de Longvilliers

CHAMPAGNE Michel (2007)
CHAMPAGNE Michel (2009)
CHAMPAGNE Michel (2011)
La Châtellenie de Longvilliers du 12e au 14e siècle, ses seigneurs et leurs alliances.
Wambrechies: Groupement Généalogique de la Région du Nord, AM 301, 105 pages.

La Châtellenie de Longvilliers de 1377 à 1513, Les Blondel de Longvilliers et Blondel de Joigny.
Wambrechies: Groupement Généalogique de la Région du Nord, ouvrage publié en deux volumes, AM 353, 175 pages.
La châtellenie de Longvilliers de 1513 à 1650.
Wambrechies: Groupement Généalogique de la Région du Nord, AM 433, 136 pages.


L'abbaye de Longvilliers

CHAMPAGNE Michel (2009)
L'Abbaye de Longvilliers, actes et documents, 1132-1793.
Wambrechies: Groupement Généalogique de la Région du Nord, AM 379, 72 pages.

La Révolution et Longvilliers (1789-1793)

BAILLEUX Christian, LOIR CHATEL
Brigitte, CALOIN Régis (2010)
BAILLEUX Christian, LOIR CHATEL
Brigitte, CALOIN Régis (2011)
La grande histoire de Longvilliers: recueil de documents N° 3, La Révolution et Longvilliers: Les états-généraux, la Constituante, 1789-1791. Boulogne-sur-Mer: Mémoire boulonnaise, 188 pages.
La grande histoire de Longvilliers: recueil de documents N° 4, La Révolution et Longvilliers: La fin de la constituante et la législative, 1791-1792. Boulogne-sur-Mer: Mémoire boulonnaise, 121 pages.
BAILLEUX Christian, LOIR CHATEL Brigitte,
CALOIN Régis (2012)
BAILLEUX Christian, LOIR CHATEL Brigitte,
CALOIN Régis (2013)
La grande histoire de Longvilliers: recueil de documents N° 5, La Révolution et Longvilliers: La République, 21 septembre 1792-10 juillet 1793. Boulogne-sur-Mer: Mémoire boulonnaise, 99 pages.
La grande histoire de Longvilliers: recueil de documents N° 6, La Révolution et Longvilliers: Le grand comité de salut public, 10 juillet 1793-28 juillet 1794. Boulogne-sur-Mer: Mémoire boulonnaise, 131 pages.

Longvilliers à travers la presse régionale (1870-1940)

BAILLEUX Christian, CALOIN Régis (2008)
BAILLEUX Christian, CALOIN Régis (2009)
La grande histoire de Longvilliers: recueil de documents N° 1, Longvilliers à travers la presse régionale, 1870-1920. Boulogne-sur-Mer: Mémoire boulonnaise, 80 pages.
La grande histoire de Longvilliers: recueil de documents N° 2, Longvilliers à travers la presse régionale, 1920-1940. Boulogne-sur-Mer: Mémoire boulonnaise, 72 pages.


Longvilliers